Maisons des associations

20 - 21 rue du Commandant Guilbaud, 85640 MOUCHAMPS

21

Programme

Aménagement et réalisation d'un équipement public pour les associations Mouchampaises : un local destiné à la poterie et aux cours, un local réservé à l'école de dessin, 5 bureaux à disposition des associations, un local pour les jeunes et trois salles de réunions.

Concepteurs

  • R&C

Commune

  • MOUCHAMPS

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Mairie de Mouchamps

Thèmes

  • Aménagement
  • Architecture

Année de réalisation

2019

Surface(s)

Espace "La Comète" 21 rue du Commandant Guilbaud - surface plancher 298 m2 Espace Clemenceau - 20 rue du Commandant Guilbaud - Surface plancher 315m2

Coûts

Coût de réhabilitation : 1 361 219 € H.T Coût Aménagement extéreur :63 781 € H.T Coût des études :187 867 € H.T Divers branchement / mobilier... : 52 732 € H.T

Documents

Volet architectural:
La maison Larraneguy, ancienne maison d’habitation et la forge « super comète » qui lui était
associée, comme lieu de travail, étaient deux constructions en plein coeur de Mouchamps de
part et d’aire de la rue principale.
La maison présentait une façade sur rue avec une porte d’entrée XIX° assez imposante en
renfoncement. Cette disposition lui permettait, par le jeu de marches peu qualitatives, de racheter
le niveau de la rue et de desservir ainsi la maison du maître . Sa forge, sur l’autre coté de la rue,
un peu en décalage sur l’aval, se présente comme un bâtiment en retrait qui dégage une place
pouvant servir comme un espace de mise en attente et de stockage. Chacune de ces deux
« constructions » était constituée par un espace de type « courette » sur leur partie arrière,
respectivement desservie, l’une par un porche sur une rue adjacente et l’autre par une venelle qui
aboutie dans une cour commune à d’autres habitations.
Le qualificatif de « construction » pour ces deux entités revêt évidemment un caractère négatif car
les premières visites des architectes se sont faite dans un contexte de délabrement très avancé,
insalubre, voir état de péril pour certaines parties. Pourtant, au travers des entrailles révélées et
des dislocations de sols ou de murs, des indices pointaient et de nombre de petits éléments
montraient qu’il faudrait porter un intérêt à l’analyse et à la compréhension du bâti. Cette attention
pour lequel les architectes du patrimoine sont formés a permis de transformer ces structures de
« bric et de broc » et sans intérêt à priori en bâtiments architecturaux patrimoniaux valorisés en
devenant bien identifiables.
Ce cas…ces cas, devrait-on dire, représentent une réalité dans nos communes et bourgs ruraux..
Une réalité importante d’ailleurs. Devant l’ampleur d’une telle dévalorisation qui est consécutive le
plus souvent à une paupérisation lié aux successions, il existe une tentation à la clé qui consiste
en la démolition de ces bâtiments sans aucune considération comme un préambule à toute
tentative de revitalisation rurale.
Nonobstant, deux « valeurs poétiques » se dégageaient de ces bâtiments de part et d’autre de la
rue principale qui traverse Mouchamps:
– Les traces d’anciennes demies-croisées, baies avec « traverse », comportant un chanfrein de
style médiéval de la fin du gothique ou du début de la renaissance, redonne un regain d’intérêt à
leur lecture quand un flâneur arpente la petite cité de caractère. Des cloisons en torchis ou des
planchers en petites solives n’ont malheureusement pas pu être sauver à cause d’une intervention
trop tardive sont autant de détails qui contribuent à la rêverie, un véritable sel pour l’esprit.
– La forme typologique de la forge ne laisse pas indifférent le passant curieux. Cette forge a gravé
une empreinte dans la mémoire collective des Mouchampais . Plus récente dans les esprit, elle
raconte le récit d’une possible fortune faite par l’invention de semeuses mécaniques qui portaient
les noms de « comète « et de « super-comète ».
La première victoire est donc de bien diagnostiquer les corps de bâtiments existants sans
attendre leur déchéance complète. Ceci commence donc par une volonté politique affirmé,
souvent celle d’un maire courageux et se poursuit par le travail d’un expert pour ces matières: un
architecte du patrimoine.
Avec le regard aiguisé d’un architectes du patrimoine l’opération a débuté par un diagnostic et
une observation particulière des bâtis, permettant de bien identifier les différentes époques
d’édifications, les accumulations et quand cela était possible, les modifications ( stylistiques) qui
souvent correspondent à des fonctions ou des goûts qui changent selon les époques.
De ce travail, deux éléments forts ont pu surgir: la compréhension et la connaissance du
caractère et de la qualité architecturale dans le but de leur mise en valeur patrimoniale et la
compréhension des pathologies que l’on peut observer puisque que chaque typologie
constructive présente le plus souvent des pathologies semblables… C’est là que réside la force
d’anticipation d’un architecte du patrimoine: de par sa connaissance, le projet anticipera des
étaiements et des dispositifs préventifs avant les démolitions et pendant la restauration. Ainsi ce
dispositif permet de mieux maîtriser les budgets d’interventions et d’anticiper les problématiques
découvertes au moment de l’exécution ce qui potentiellement gréverait les budgets communaux
sur plusieurs exercices.
Illustrons ce propos dans notre cas de figures:
Une fois hiérarchisées les valeurs architecturales, patrimoniales et structurelles, cette analyse sert
de véritable colonne vertébrale pour orienter le parti de restauration. Les édiles accompagnées de
leur équipe en commission « bâtiments » et commission « patrimoines » peuvent alors valider en
toute connaissance de cause, sur la base des choix que l’architecte du Patrimoine leur a
présenté, les investissements qui en valent la peine. Ce choix dans la répartition des
investissements donne du sens à la restauration et aide à la compréhension par les administrés
de ces dépenses. Cela leur permet de s’approprier les nouveaux usages des espaces ainsi
restaurés.
Un grand nombre d’anticipations a été évoqué lors du diagnostic, en particulier l’état de
dégradation avancé des façades sur rue. Nous pouvions alors provisionner une part financière
avec certitude pour des étaiements et des reprises. A d’autres endroits, une déconstructionreconstruction
s’imposait tellement les dédoublements de mur et leurs dégradations étaient
évidents. Enfin, pour d’autres espaces encore, l’absence d’intervention destructive préalable ne
permettait pas d’envisager de quelconques travaux comme la façade latérale de la forge qui
apparaissait saine, alors qu’elle se composait d’une doubles parois de briques sur une structure
en bois: en dehors de toutes normes dans l’art de bâtir.
Nous ne pouvions alors qu’alerter et mettre en garde les élus en prévoyant des budgets de
secours.
Ce fut le cas avec un dépassement plutôt maîtrisé en phase chantier avec une enveloppe
d’environ 8 % du montant global. Ces 8% ont permis aussi d’améliorer le cadre de vie des
riverains de la cour commune de la forge.
Aujourd’hui la maison Larraneguy est devenu l’ « Espace Clemenceau » et a retrouvé une façade
digne de ce nom sur la rue principale avec sa petite venelle, composée par un vocabulaire
architectural sobre mais révélant une véritable composition tout en conservant les traces
historiques importantes de sa constitution. La vibration des enduits à l’ancienne, le respect des
génoises et la tuile traditionnelle, la conservation des petits colombiers en brique dans la cour
intérieure, les portes et fenêtres répliqués dans une cohérence de la fin du XIX° début du XX°, le
choix de couleurs d’après guerre 14-18 sont autant d’intentions qui nourrissent l’architecture.
Enfin, l’introduction du métal comme un clin d’oeil au maître de la forge qui avait usé de son art
pour transformer son habitation. Tous ces éléments qui ont permis de conserver et poursuivre
cette longue « Histoire » que chacun d’entre nous composons et transmettons.
La cour de Larraneguy, celle que le projet a retrouvé après une purge importantes
d’excroissances sans valeur, est desservie par un vocabulaire architectural de porche, d’ escalier,
de dépendance, de porte haute… et distribue les nouveaux usages associatifs de l’Espace
Clemenceau. Un véritable espace de nature pour se rencontrer. En sécurité dans le coeur d’ilot,
l’ensemble des éléments sont en place dans une continuité historique autours du puits mis en
valeur, symbole d’une belle authenticité et d’autonomie du lieu. L’espace Clemenceau libère de
grandes salles de réunion au rez-de-chaussée et en étage ainsi que trois cellules associatives sur
une surface d’environ 298 mètres carrés.
L’intervention sur la forge a été plus complexe à cause d’un dispositif constructif très médiocre
découvert au cours des reprises de façade. Ce n’était autre que l’expression des techniques du
Maître de la forge pour traiter ses bâtiments avec des matériaux simple et à moindre frais. Le
parti architectural de restauration a été assuré par le traitement plus industriel du caractère
architectural de la forge en la liant aux trois travées en pignon si charmant dans l’amorce du
virage de la rue principale. Linteau métallique, brique cuite, enduit en pierre-vue, rentre en
résonance avec la maison du maître qui lui fait face
Cette forge s’est transformé en lieu de peinture ( très lumineux grâce aux grands vitrages) , en
espace de poterie ( séchage en sous sol et cuisson en extérieur), ainsi que cinq salles
associatives qui se distribuent depuis un hall comportant un jardin intérieur. Ce hall est desservi
par une place sur rue qui retrouve le graphisme de la brique sur son sol. Enfin, une terrasse arrière
plus préservée permet de mettre à disposition espace de rencontre associatif et d’exposition.
L’ensemble couvre une surface d’environ 335 mètres carrés
Ainsi les deux nouvelles entités dialogues de nouveau par un vocabulaire, une couleur, une rendu
commun malgré des typologies très différents. Ce parti de restauration souhaitait perpétuer le
temps qui avait connu le propriétaires d’une belle habitation qui dirigeait sa forge de l’autre coté
de la rue.
Volet travaux:
Le diagnostic approfondi réalisé par un architecte
du patrimoine est donc la première étape pour
assurer une approche environnementale de
restauration pour ce type de projet.
L’Architecte s’est ainsi attaché à proposer une
intervention en adéquation avec le bâti existant.
Grâce à ses connaissances spécifiques, il a
toujours eu à coeur d’en valoriser deux
principalement :
1- La compréhension de la construction
d’un point de vue temporel avec la datation des
différentes parties et la diachronie de sa
composition. Ainsi, à une époque, correspond le
plus souvent une typologie, avec des dispositions constructives particulières et donc un type de
pathologie spécifique qu’il faut solutionner pour redonner un usage à la dite édification.
2- La seconde connaissance est liée à sa formation certes mais aussi à son expérience et
permettra une approche d’intervention respectueuse du cadre du bâti sur lequel il intervient afin
de ne pas générer de nouvelles pathologies dont l’origine pourrait être dûe par une incompatibilité
de matériaux par exemple. A ce propos, des purges de matériaux sont toujours nécessaires lors
de ce type d’opération afin que la restauration soit efficace.
De la conservation vertueuse:
Tactiquement, la conservation a été probablement l’acte environnemental le plus pertinent pour
cette restauration.
La conservation est vertueuse:
La première vertu est de figer l’énergie grise qui a été nécessaire pour son édification :
« ce qui est fait n’est plus à faire» représente une économie matérielle importante.
La seconde vertu est de réinvestir des espaces déjà construit, particulièrement en centre
ville. C’est la fin du mitage du territoire qui éloigne toujours plus loin l’habitat des activités
sociales. C’est une économie territoriale.
La troisième vertu valorise le patrimoine
alentours grâce à la beauté qui jaillit du « vrai » et
entraine chacun des riverains à porter un soin
particulier à leurs espaces par un attachement
profond. Le « bien-être » participe une économie
humaine.
Enfin, la quatrième vertu est de transmettre
à nos enfants ce qui nous est parvenu… Or, le fait
que cela nous soit parvenu montre déjà une
attention particulière de nos prédécesseurs. Aussi,
cette disposition permet de respecter la mémoire
de nos ancêtres en reconnaissant la valeur
patrimoniale de leurs ouvrages, souvent économes
et bien implantés. Une véritable leçon
d’architecture sur un art de vivre pourtant frugale.
C’est offrir des racines spirituelles pour un
enracinement dynamique des habitants grâce à un
récit sincère et authentique.
Stratégiquement, la recherche du « Beau » à
ouvert de plus profonds et lointains horizons.
Le rôle de l’architecte et de rendre visible ce qui habituellement ne l’est pas , ou est de
faire vivre aux passants des émotions qui habituellement, il ne perçoit pas. A défaut, vous
visiterez des lieux dans lesquels vous vous sentirez bien sans savoir pourquoi ?… Et bien,
n’attendez plus, allez visiter et parcourir Mouchamps et son nouvel Espace Clemenceau… Si
votre oeil circule: la contemplation n’est pas très loin!


Approche environnementale : Cette
mise en valeur par le « Beau » s’est traduit par la
prescription et la mise en oeuvre de produits ou de
matières nobles afin d’offrir une pérennité possible
de l'ouvrage et générer aussi une envie d’entretenir
correctement ce patrimoine afin de le transmettre à
la génération future.
Le beau dans le matériaux nous venons de
l’exprimer, le beau dans les proportions sera
agréable à l’oeil qui doit circuler sans heurt, il invite
à la contemplation celui qui sait s’arrêter. Le beau
est aussi dans la mise en résonances des deux
ouvrages si différents typologiquement.
Ces deux premiers points sont un préalable
nécessaire à une « approche environnementale ».
Sans émerveillement, pas de respect pour ce qui
nous entoure, pas d'envie de prendre soin de cette
nature dont nous autres êtres humains faisons
partie intégrante. Aillons toujours en tête que la
nature se débrouille très bien sans nous. Cette
démarche environnemental là n'est pas une utopie
elle est réel et porte un impact bien plus important
et profond que la comptabilité de production de
CO2 de nos prescriptions… En effet, rien qu’avec
les deux principes de « tactique et de stratégie »
précédemment décrite, des tonnes de CO2 n’ont
pas et ne seront pas produits.
Des matériaux de qualité:
Les enduits à la chaux, la taille de pierre, les poutres de chêne, demande un travail humain
particuliers. Il fait appel à des savoir-faire, à des gestes particuliers laissant une traces par l’outils
où un début de récit peut naître.
Ce type de matériaux apporte une humanité particulière aux édifices. C’est en quelque sorte le
grain de beauté d’un doux visage.
Ces matériaux demande peut de procédé industriel:
Les chaux se produisent par cuisson inférieur à 1000° contre 1500° pour les ciments. Le
bon usage des chaux est donc moins carbonné en plus de laisser respirer les murs par la
possibilité des échanges gazeux aux travers des parois.
Les matériaux bruts, le chêne par exemple ou le bois massif d’une façon générale, n'ayant
pas subi de transformations importants ont un impact carbone faible, ils sont donc plus
intéressants que des matériaux contemporains comme le lamellé-collé qui demande de
nombreuse transformations et qui doit s’associer à d’autres produits énergivores.
Les sols, en dalle calcaire, en tomettes, en terres cuites sont des matériaux inusables
(plusieurs générations). Ils s’accommodent de la
patine et prennent de la valeur avec l’usure. Celleci
apporte un effet chaleureux et une vibration
particulière aux pièces du rez-de-chaussée et sur
les extérieurs. La cuisson de la brique est aux
alentours de 1000° contre 1250° pour le grès
cérame.
Les carrelages ont été réservés aux salles
d'activités exigeant un nettoyage régulier et facilité.
Des sols souples à base de lin comme les
linonéums, sont des matériaux très solides à
l’usure et ont été utilisés aux étages de la forge.
Les murs enduit en chaux pour les refends, chaux-chanvre pour les mur exterieurs, ou
enduit terre dans les salle artistique, apportent une qualité hygroscopique et thermique
indéniable. Ces matériaux sont très intéressants sur la notion d'ambiance et de sensations liées à
leur effusivité. La sensation d’une paroi froide existe même sur des matériaux à haut potentiel
thermique. Le bâti ancien comporte une grande inertie dont il faut savoir tirer partie.
Les menuiseries en bois de chêne ( durée de vie augmenté de plus de 30 ans) comportent
des doubles vitrages et des volets peints. L'ensemble anime la façade et permet d'éviter les effets
de surchauffe l'été. Le gain d'un volet bois fermé représente 3° de température entre un extérieur
et un intérieur qui ne serait pas chauffé.
Les plafonds à base de fibre de bois ou de lames ajourées répondent à plusieurs objectifs
que de simples convenances esthétiques. Ils lient la thermique, l’acoustique et la faible
transformation.
Les planchers mixtes bois-métal en majorité permettaient d’être moins intrusifs dans les
structures des maçonneries anciennes que des planchers bétons. Chaque décision pour ces
éléments étant choisie judicieusement selon les niveaux d’humidité des espaces, des poids des
structures, des finalités des usages.
Etre moins intrusif doit se comprendre comme le fait d’offrir une réversibilité de
l’intervention, une possibilité de transformation de l’espace, une évolution de l’usage sur un avenir
plus lointain.
D'un point de vue énergétique la source était le gaz de ville qui est présent à Mouchamps.
La chaudière à condensation semblait la plus adapté. Le réseau de chaleur est à circuit d'eau
chaude avec un appareil de chauffe métallique comme émetteur. La source d'énergie peut être à
tout moment changée permettant à l’Espace Clemenceau d’évoluer. Le réseau de chaleur
traverse la route afin qu’il n’y ait qu'un seul point de chauffe sur la totalité du site pour en facilité
la maintenance.

Financement :
Etat : 552 082 € H.T
Région : 162 956 € H.T
Département : 128 905 € H.T
Sydev :25 650 € H.T
Fonds de concours : 100 000 € H.T

Bureau(x) d’études : YAC Ingenieurie
Photographe : Mairie de Mouchamps